L’émigration des jeunes des camps de réfugiés palestiniens… Trop, c’est trop !

Par Sarah Abou Saïd
Mercredi 21 octobre 2026
Lorsque vous demandez à un jeune Palestinien vivant dans les camps de réfugiés au Liban : « Quel est ton rêve ? », il vous répond : « Partir et émigrer n’importe où, sauf au Liban. »
Une réponse brève, mais douloureuse, qui révèle l’ampleur de la souffrance et de la frustration auxquelles sont confrontés les jeunes Palestiniens au Liban, en raison des politiques persistantes d’exclusion et de restrictions imposées par les autorités libanaises, visant à les pousser au départ, ainsi que de l’incapacité des factions palestiniennes à construire un environnement économique sûr et à mettre en place une structure institutionnelle capable d’accompagner les jeunes à l’intérieur des camps.
Le naufrage de l’embarcation et la mort de plusieurs jeunes originaires des camps de Nahr al-Bared et d’al-Bass ne constituent pas la première tragédie de ce genre et ne seront certainement pas les dernières tant que les politiques de privation et de restrictions visant les Palestiniens se poursuivront. Les communiqués de condamnation et de dénonciation se répéteront eux aussi, avec des dates différentes, tandis que la tragédie restera la même.
Alors, quelle est la solution ?
La solution commence par la définition de ce que nous voulons, nous, jeunes Palestiniens nés au Liban. Si nous voulons vivre dans la dignité et la liberté, cela exige certaines conditions fondamentales, à commencer par le refus de l’injustice, le rejet de toute adaptation à celle-ci et la volonté d’œuvrer à son changement. Dans nos camps, le remède commence par le fait de sortir de chez nous, de dépasser la simple utilisation des réseaux sociaux et d’élever la voix pour dire : « Trop, c’est trop ! Nous voulons travailler ! »
Cette mobilisation et ce soulèvement de la jeunesse, rassemblant les différentes composantes de notre société dans les camps, sont capables de frapper sur les parois du réservoir, de dépoussiérer nos revendications et d’arracher nos droits. À travers les époques et dans les différents pays, aucun peuple n’a obtenu ses droits par le silence. Les droits s’arrachent par la lutte, et la dignité se défend par les voix des jeunes femmes et des jeunes hommes, par leurs cris face à l’injustice et à la marginalisation.
Quant au silence et aux lamentations sur ce qui a été perdu, ils ne feront qu’ajouter davantage d’impuissance à notre impuissance, nous laissant dans la même situation : éloignés de nos droits, prisonniers de l’illusion du découragement, comme si le changement était impossible.
Entre les réductions budgétaires continues de l’UNRWA et l’absence de plans concrets visant à améliorer les conditions de vie dans les camps et à renforcer la capacité de résistance de leurs habitants, les rêves des diplômés s’évanouissent et les ambitions des étudiantes universitaires se dispersent. Allons-nous rester ainsi ? Et jusqu’à quand ?
Quiconque prend connaissance des statistiques du chômage, qui dépasse 85 % dans les camps, et des taux de pauvreté, qui approchent les 90 %, comprend qu’il est temps de prendre l’initiative, de se mobiliser et de persévérer pour défendre les droits des générations actuelles et garantir l’avenir des générations futures.
Trop, c’est trop. Il n’est plus acceptable que l’émigration demeure le seul rêve de la jeunesse, ni que la mort en mer continue d’être le prix à payer pour chercher une vie digne. Le moment est venu d’agir, de revendiquer nos droits et d’ouvrir de véritables perspectives aux jeunes des camps de réfugiés palestiniens au Liban.
Publié initialement sur le site du Centre palestinien d’information